Beaucoup avaient prévenus : la révolution tunisienne ne se ferait pas en un jour et le départ de Ben Ali n’était pas une finalité, seulement la première étape vers la réhabilitation démocratique d’un pays écrasé par des années de dictature. 6 mois plus tard les avertissements lancés ça et là par les experts prennent tout leur sens. Les craintes qu’avaient exprimé la journaliste Sihem Bensedrine dans une interview qu’elle nous a accordé récemment, semblent se confirmer : En Tunisie, rien n’a vraiment changé. Preuve en est l’annonce, il y a quelques semaines, du report des élections démocratiques initialement prévues pour le mois de juillet. Sous couvert de problèmes d’organisation, le gouvernement de transition (qui compte en son sein nombre d’anciens fidèles de Ben Ali) a décidé de les reporter au 23 octobre. Mais rien ne garanti que de nouveaux reports ne sont pas à prévoir. On le sait, certains gouvernements autoritaires sont capables de tenir longtemps en décalant les échéances électorales. Il n’y a qu’a voir l’exemple ivoirien donné par Laurent Gbagbo qui avait tenu plusieurs années supplémentaires, à la tête de son pays, de cette façon…

“Kasbah 3″ dérape
Depuis le 15 juillet, la peur de nouveaux dérapages en Tunisie est devenue une réalité. Dans un premier temps avec une vague de manifestations, baptisée Kasbah 3, prévue depuis le début du mois et qui s’est achevée dans le plus grand chaos rapporte Afrik.com. Ces manifestations portaient de nombreuses revendication : suppression des symboles du régime de Ben Ali, mise en place d’un système de lutte contre la corruption, arrestation des snipers et autres militaires, responsables de la mort de dizaines de personnes lors de la révolution du début d’année, mais aussi une vraie liberté de la presse et surtout la démission de  Beji Caid Essebsi, actuel Premier Ministre du pays. Ce dernier avait par ailleurs publiquement fait part de son hostilité quant à la tenue de ces manifestations. Bilan des courses au soir du 15 juillet : violences, journalistes agressés et au moins 48 interpellations. Evidemment, de chaque côté on rejette la faute sur l’autre camp. Le gouvernement blâme les manifestants qui n’avaient, selon lui, rien de pacifiques et l’on se félicite de débordements bien maîtrisés comme le laisse apparaître un article de Tunisie Focus. On parle de policiers protégeant la mosquée se trouvant sur le passage de manifestants et des forces de l’ordre attaquées à coup de sabots, ce qui les a forcé à répliquer. Du côté des journalistes présents pour couvrir la manifestation, on entend un autre son de cloche, tant et si bien que le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) souhaite porter plainte contre le ministre de l’Intérieur selon Gnet. Le SNJT qualifie les manifestations de vendredi dernier de “honte pour l’institution policière répressive” et déplore officiellement des agressions policières à l’encontre de journalistes.

Embrasement
Les trois jours qui auront suivi les manifestations du 15 juillet auront été autrement plus dramatiques. D’abord dans la nuit du 16 au 17 juillet, avec l’annonce de 6 blessés  dont deux graves du côté de la police selon RFI. Le gouvernement tunisien soupçonne des extrémistes religieux d’être à l’origine de ces attaques, mais la réalité est plus confuse selon les témoignages recueillis par la radio. Un jeune présent sur place et qui rejette tout extrémisme qu’il soit politique ou religieux constate froidement : “On nous matraque, on nous insulte. Ce sont les mêmes pratiques qu’avant, c’est même pire. Ça veut dire que le gouvernement a des choses à cacher et ce n’est pas normal”. Lundi 18 juillet c’est un adolescent qui a trouvé la mort au détour d’un affrontement entre manifestants et forces de l’ordre annonce Euronews. Cette fois-ci, le jeune garçon de 14 ans a été victime d’une balle perdue alors que les policiers tiraient sur des manifestants, répondant à coups de cocktails molotov. Le drame est survenu à Sidi Bouzid, la ville à l’origine de la révolution en décembre dernier, où un jeune homme s’était immolé par le feu, en protestation aux humiliations policière dont il était victime, donnant aujourd’hui une étrange sensation de retour à la case départ pour le peuple tunisien.

Source lesinfos.com

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