Les conséquences possibles de l’abaissement de la dette souveraine des USA : la panique générale et la relance de la crise.

front-34-short-image-767074.jpgLa dégradation de la note des USA met un terme à une fiction, la capacité des USA à emprunter à l’infini. Elle marque aussi le retour au principe de réalité ; en effet, le niveau d’endettement qui a été consenti aux USA par les marchés depuis le début de la crise était très largement au dessus des capacités de remboursement d’un pays dont le surendettement s’explique par l’insuffisance de création de valeur de son économie. Cette dégradation pose donc en terme aigue la question de la non-réponse apportée à la crise par les USA. Cette non-réponse a une réalité, une fuite dans l’endettement public faute de consensus politique permettant de faire face au déclin général du pays qui est au coeur de la crise présente.

 

A – Conséquence sur la gestion de la dette américaine

 

Les conséquences à court terme sont les suivantes.

L’abaissement de la note des USA va impacter le niveau des taux d’intérêt, mais aussi le rapport entre l’offre de bons et leur niveau de couverture par les investisseurs ou leur demande. Ces couvertures ont été marqués depuis 2008 par une abondance d’offre d’argent favorisant des niveaux d’intérêt assez bas.

Le roulement de la dette étant encore assuré par des capitaux à court terme, la remontée des taux d’intérêt, dorénavant inévitables, aura pour effet d’augmenter les intérêts servis par le Trésor, et partant le coût de l’endettement les finances fédérales. Les USA risquent de payer lourdement le prix d’une dette mal consolidée.

Le niveau de couverture des besoins du Trésor devient problématique. Depuis 2008, les bons du Trésor se sont arrachés comme des petits pains en raison d’une contraction des opérations de crédit à l’économie réelle et à l’intérieur du marché financier qui fait commerce d’argent pour fournir les crédit à l’économie réelle. Présentés en 2008 comme un mouvement de fuite vers la qualité, ces placements sont devenus des placements par défaut à mesure que la croissance de la dette fédérale fournissait un débouché – virtuellement risqué – à des masses de capitaux disponibles.

Depuis ce matin, les investisseurs ont repris l’avantage. Le Trésor est entre leurs mains.

 

B – Conséquence sur la politique de soutien à l’économie : l’impasse

 

Cette dégradation intervient dans la pire des situations. Le PIB stagne, la croissance reste à la remorque du crédit public, le chômage demeure à des niveaux élevés. Abaisser la note sur la dette souveraine des USA, c’est rendre difficile la poursuite d’une politique de reprise à crédit. C’est aussi ruiner le compromis sur la dette péniblement passée entre la chambre des représentants et l’administration Obama.

La conséquence politique de cet abaissement est tout simplement énorme, les USA ne sont pas arrivés à construire un consensus autour d’une vraie politique de sortie de crise, le compromis d’août 2011 a été un marché de dupe à vocation largement électoral. Et voilà qu’à peine passé, ce compromis est ruiné par la dégradation de la note des USA. Or il n’y a pas d’alternative politique à ce compromis puisque la croissance de la dette – finalement agréée par les Démocrates et les Républicains – se transforme à nouveau en problème politique.

La relance à crédit est donc dorénavant financièrement intenable, le compromis politique de sortie de crise est introuvable, l’économie américaine en stagnation se trouve exposée à des risques aux moins égaux à ceux de 2008, la récession ou pire est au bout du chemin.

Les non-choix politiques font de la dette souveraine l’instrument posant sur le fond la question de la crédibilité de la politique économique, budgétaire et financière des USA. Le problème est que cette question qui n’a pas été posée par les politiques se trouvent posée par les marchés qui ne font pas de la politique mais de l’argent.

 

C – L’échec du couple FED-Trésor

 

Voilà un an, la FED s’est portée au secours du Trésor en rachetant des bons du Trésor, elle en possède à ce jour 1600 Md environs. Or cet -cet effort a été vain, il s’agissait de montrer la détermination des pouvoirs publics américain à soutenir la dette des USA tout en assurant sa consolidation a des taux d’intérêt modéré. La dégradation de la note des USA condamne cette politique.

La politique de la FED qui consistait à différer la remontée des taux d’intérêt aura contribuer à entretenir une illusion – une sortie de crise sans réformes structurelles – tout en aggravant le pourrissement financier du pays. Le résultat est double, la dette américaine est dégradée, le bilan de la FED est mauvais, d’une part parce qu’elle possède des bons du Trésor en grande quantité, d’autre part parce qu’elle est détentrice de créances douteuse des MBS à hauteur de 950 Md de $. La FED a beaucoup perdu de sa crédibilité en conduisant des politique de facilité digne de Gribouille.

La remontée prévisible des taux d’intérêt sur les bons du Trésor marque aussi la perversité intrinsèque de la politique des taux très bas de la FED. La déconnexion prévisible des taux futurs des intérêts des bons du Trésor des taux d’intérêt de la FED aura pour effet mécanique une remontée des taux d’intérêts de tous les autres crédits. L’économie financière et non-financière en accusera le contrecoup.

La politique de l’argent pas cher a donc échoué, les taux vont refléter dans les mois à venir le risque effectif que représentent le Trésor et l’économie américaine, et la FED n’y pourra pas grand chose.

 

D – Monnaie et bons du Trésor

 

Le refinancement du déficit commercial des USA vient de prendre un coup sévère, en effet les bons du Trésor achetés par les étrangers se substituaient aux autres produits financiers moins attractifs ou en contraction depuis 2008. La couverture de la valeur de la monnaie américaine risque d’avoir à souffrir d’une baisse du solde net des flux financier, une sortie massive des capitaux des USA n’est plus à exclure ; elle serait catastrophique pour la valeur de la devise américaine qui ne reflète pas les performances de l’économie US dans la division internationale du travail et les échange mondiaux.

 

E – La valeur des bons du Trésor

 

Si les effets A, B, C, D se font sentir dans les jours ou les mois qui viennent, la stagnation de l’économie américaine est la plus optimiste des hypothèses, une récession n’est pas à écarter. Mais la situation difficile peut encore être placée sous contrôle. En revanche, il n’en sera plus de même si la question de la valeur des bons du Trésor est posée.

La dégradation de la note des USA ne pose pas seulement la question de leurs niveaux de rémunération. En abîme la question de la valeur de leur principal est posée sur fond de difficulté fiscale prévisible . Et une telle question peut se transformer en vaste mouvement d’aversion pour les bons du Trésor Dès aujourd’hui des interrogations sur la valeur effective des bons du Trésor vont être sous-jacentes à leur détention , à leur transaction sur le marché secondaire de la dette publique et à leur circulation dans le système financier international.

Le problème central n’est pas présentement la capacité des USA à payer les intérêts de leur dette, ce paiement reste assuré, la question à haut risque est celle de la valeur intrinsèque des titres de la dette publique américaine sur le marché.

Deux effets explosifs sont prévisibles.

Les bons du Trésor joue dans le système financier le rôle de quasi-monnaie sous forme de base de valeur des transactions financières dont ils sont les contreparties. C’est tout le système mondial de circulation d’argent qui est menacé et partant l’ensemble du crédit mondial. Et c’est l’activité économique mondiale, les échanges et l’ensemble des systèmes financiers qui sont en voie d’être pris dans un cyclone dont l’œil est situé à New York.

Le doute sur la valeur des bons du Trésor ne peut que produire des effets sur la valeur des actifs détenus. Il va donc y avoir un problème de mesure de la valeur des actifs détenus. Les patrimoines des particuliers, les cash flow des entreprises, les actifs détenus par les acteurs financiers (banques, société d’assurance, fonds d’investissement…), les fonds de pension vont devenir pour partie incalculables. Les effets distribués de cette difficulté d’évaluation ne peuvent que perturber le mode de fonctionnement de tous les acteurs de l’économie américaine.

Le problème se pose de manière encore plus préoccupante si l’on considère les détenteurs étrangers de la dette. Perte ou doute sur la valeur du principal des bons Américains ne peuvent qu’affecter les banques centrales, les fonds souverains et/ou les Trésors des Etats. C’est l’ensemble de la politique des réserves d’épargne des pays libellés en dollar qui est en cause.
Une telle situation contient en germe la déchéance du $ comme monnaie internationale et une crise de l’ordre monétaire actuel sans précédent.

Les effets extérieurs de la dévalorisation des bons du Trésor américains vont donc à nouveau dans le sens d’une dislocation de l’économie mondiale.

C’est en apparence paradoxal, le doute sur la valeur des bons du Trésor est pire qu’une dévalorisation effective. C’est que les acteurs d’une économie capitaliste opèrent sur un plan de rationalité calculante et qu’une forte incertitude pesant sur une variable réputée stable – les bons du Trésor – introduit une inconnue incalculables aux effets imprévisibles.

Les bons du Trésor américains recèlent donc un potentiel de panique considérable distribué sur toute la surface de la dette et pouvant toucher tous les agents économiques privés et publics.

 

Conclusion

 

L’abaissement de la notation de la dette souveraine des USA peut avoir des effets catastrophiques. Le risque d’une panique boursière et d’une tempête monétaire est réel. Comme c’est souvent le cas, les paniques précipitent des évolutions en les exagérant. On prendre la mesure réelle de l’effet de l’abaissement de la notation de la dette souveraine des USA dans les jours qui viennent. Les politiques de sortie de crise en trompe-l’œil ont conduit les USA vers le gouffre, ils en sont dorénavant tout au bord et ne possèdent aucun moyen de faire un pas en arrière puisque leur dernier pas en avant , l’augmentation du plafond de la dette les a conduit à se rapprocher du gouffre.

Le degré de prise de conscience des investisseurs du tragique de cette situation déterminera le degré de réaction des marchés financiers qui sont longs à la détente. Il faut dire que la dette souveraine des USA était le dernier moyen d’éviter un effondrement d’une globalisation financière dont ils profitent. La lenteur de leur réaction et leur aveuglement s’expliquent pas le poids de leurs intérêts sur leur réflexion.

Une panique générale n’est pas à écarter. Elle risque fort de prendre les dimensions d’un Tsunami. Or plus aucune digue ne peut arrêter une vague qui trouve sa puissance dans le niveau des endettements publics qui ont aggravé la crise dont un nouveau chapitre s’ouvre depuis 2011.

L’Europe est empêtrée dans la crise des dettes souveraines, elle est impuissante ; de surcroît une panique financière mondiale potentialiserait l’ensemble des effets négatifs des dettes souveraines européennes. Tétanisée à cette perspective, l’Europe, déjà handicapée par ces divisions, restera immobile.

Le montant de la dette souveraine des USA étant hors de proportion avec les moyens financiers de la Chine et du Japon, rien ne pourra enrayer les effets d’une panique englobant la dette souveraine des USA. Et puis le Japon et la Chine ont déjà beaucoup donné.

L’effet de la crise explicite de la dette souveraine sera peut-être dans les jours, les semaines ou les mois qui viennent de jeter à bas la globalisation financière dont la dette souveraine des USA était l’ultime protection. La récession américaine se transformerait alors en dépression mondiale en raison de la volonté de l’oligarchie internationale . Cette Oligarchie n’a-t-elle pas depuis 2008 chercher à préserver une globalisation qui s’est faite sur la base de déséquilibres des performances économiques entre les pays de la Zone atlantique et (Principalement) et les pays de l’Asie-Pacifique.

Le gonflement des dettes des pays de la Zone atlantique n’est que la traduction des dumpings , fiscaux, sociaux et environnementaux des grands pays émergents qui ont trouvé dans le transfert de leur épargne vers les USA, et à un moindre titre vers l’Europe, un moyen de maintenir des échanges déséquilibrée dont est née la crise financière américaine , puis mondiale. Ces déséquilibres occultés , pour ne pas dire refoulés du débat public, depuis des années ont un potentiel de déstructuration totale de l’économie mondiale. Une panique serait l’expression manifeste de ce pouvoir déstructurant latent depuis une quinzaine d’année. C’est pour cela qu’il ne faut pas l’écarter.

Onubre Eine

 

Le texte écrit à chaud sera revisé en fin de journée.

 

 

La crise USA. blog. Le monde

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