Djembe / lundi 12 septembre par Xavier Monnier

Vieux routier de la Françafrique, Robert Bourgi a fait une bombe dans le marigot en accusant Chirac et de Villepin d’avoir reçu des fonds occultes. Mais les éclaboussures peuvent mouiller jusqu’à son ami Nicolas Sarkozy.

Homme de l’ombre, missi dominici, émissaire discret entre palais africains et Elysée. Robert Bourgi, avocat d’affaires installé dans le cossu XVIe arrondissement parisien l’a longtemps été.

Des dizaines d’années durant, humblement « Bob » s’est évertué à faire passer des messages, fluidifier les relations françafricaines, jouer les éminences, flatter les egos présidentiels…Tout un métier, d’aucuns diront un art, que Bakchich avait décortiqué au travers des fax envoyés par l’avocat à ses présidents-clients.

Sans oublier de quémander un petit quelque chose, notamment à feu Omar Bongo.

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Bourgi lettre à bongo 3

Le « fils » Bourgi, comme le prouve ce bordereau de virement retrouvé par Bakchich, n’était pas maltraité par son Papa

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Bourgi-Fiba

Au passage, Bourgi pouvait aussi bien traiter avec un agent de la DGSE.

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Lettre Bourgi 1

Ou bien régler les détails d’une opération barbouzarde.

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Lettre de Bourgi à Bongo faisant référence à Marchiani

Sans faire trop de vague. C’était le temps d’avant…

Les guerres de Robert

Sa sortie dans le JDD confirme la tendance amorcée avec l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence. « Bob » a quitté l’ombrage des coulisses pour la lueur des médias.

Pourtant Sarko Ier a défini une ligne claire, ont cru ses ouailles. Conseiller diplomatique du candidat Sarkozy en campagne, David Martinon a voulu évacuer d’une phrase Bourgi « je suis diplomate il est avocat ». Patron de la cellule Afrique après l’élection, Bruno Joubert s’est fait fort de mettre à bas les vieux réseaux parrallèles. Le nouveau boss de l’Elysée lui a donné une feuille de route claire….aimablement piétiné par Bourgi en 2008.

Papa Bongo a dit

Son heure de gloire. Les enquêtes sur les bien mal acquis des présidents africains en France, fort médiatisées, agacent le président gabonais Omar Bongo. Le secrétaire d’Etat à la coopération, Jean-Marie Bockel, a le malheur d’annoncer vouloir signer « la mort de la Françafrique » dont Papa Omar est l’irascible doyen. Bongo exige sa tête, Bourgi porte le message, le sous-ministre est débarqué. Bourgi entame sa tournée triomphale dans les médias. Bardé de sa légion d’honneur, remise en mains propres par « son ami Nicolas », l’avocat de l’ombre parade en plein lumière. Et va dans Bakchich, comparer Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée à Foccart, l’architecte des réseaux de la Françafrique.


Sarko et la « Françafrique » par bakchichinfo

Peu après de guerre lasse, Bruno Joubert, qu’une vieille inimité lie à Bourgi, s’exile de la cellule Afrique vers le poste d’ambassadeur au Maroc.

Depuis son triomphe, Bourgi s’était fait plus petit, rappelé à l’ordre par Guéant et Sarkozy. Jusqu’à ce dimanche de rentrée.

En accusant dans le JDD ses anciens amis Villepin et Chirac d’être fans de mallette, de djembe et de grisbi africain, l’ex fils à Papa Bongo, finit d’accomplir sa vengeance. Contre les Chiraquiens qu’il accuse de l’avoir humilié, contre les « donneurs de leçon et donneurs de morale » dont il se dit exaspéré. Mais aussi contre le chefs d’Etat africains, de ce pré carré africain, terrain de jeu et gagne pain disparu.

Bob a perdu des clients

A côté d’un ancien Premier ministre, d’un ex chef de l’Etat français, Bourgi balance bien des noms. Deux despotes disparu (Mobutu au Zaïre et Omar Bongo au Gabon), un président déchu (Gbagbo), deux satrapes bien installés (Sassou au Congo, Compaoré au Burkina Faso), et un président s’accrochant à son siège (Wade) ont selon lui financé Chirac et Villepin.

Le point commun de ces généreux donateurs ? L’avocat n’est plus en leur cours. Mobutu a disparu. Compaoré n’a que peu compté sur lui. Gbagbo est emprisonné. Une violente dispute a éclaté entre les Wade et Bourgi au début de l’été. Ali Bongo, s’il a pris la succession de son père, n’use pas des mêmes réseaux pour se faire entendre et n’a pas misé sur l’avocat du paternel. Quant à Sassou Nguesso, le président congolais s’en est toujours défié. Beau-père d’Omar Bongo, ses relations avec son volage gendre ont étrangement affecté la confiance en son avocat conseil.

Les raisons très intéressés de langue délier ne discréditent pas toutefois les propos de l’avocat..

L’accusation n’est pas nouvelle. Fin 2010, un télégramme diplomatique de l’ambassade américaine au Cameroun dévoilé par Wikileaks parlait de 30 millions d’euros détournés des caisses gabonaises vers le monde politique français.

Bongo«  met tous ses espoirs dans Jacques Chirac »

Valery Giscard d’Estaing en juin 2009 dans le Parisien, ne disait pas autre chose. Selon l’Ex, Bongo lui aurait confirmé en 1981 qu’il finançait bien les campagnes de Chirac.

Un rapport des services secrets d’Elf, révélé par Bakchich, épaissit encore un peu le soupçon. Daté de 1977, l’auguste rapport est signé de la main experte de feu Maurice Robert. Directeur pendant 20 ans du SDECE (ancêtre de la DGSE), ambassadeur de France à Libreville de 1979 à 1981, Robert a fait un détour par Elf entre 1973 et 1979. De son entretien avec Omar Bongo, l’agent secret retire une phrase.

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Le président gabonais « met tous ses espoirs en Jacques Chirac et pense qu’il faut continuer à l’aider ». Une aide sonnante et trébuchante que fait tinter d’un son tout particulier la diatribe de Bourgi.

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Pascaline Bongo au rang des donateurs de l’UMP

L’écho provoqué risque de se propager au delà de ce que désire le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy. Ancien patron de la cellule Afrique, le chiraquien Michel de Bonnecorse affirme dans le livre à paraître de Pierre Péan, la République des mallettes que Sarko Ier a bénéficié de l’argent africain pour financer sa campagne de 2007. Grande argentière et fille d’Omar Bongo, Pascaline avait assisté 1er meeting de campagne du candidat Sarkozy le 14 janvier 2007. Dans son documentaire « Françafrique, 50 ans sous le sceau du secret », Patrick Benquet avait noté qu’elle s’était assise dans les premiers rangs, réservé au grands donateurs du parti…

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Source Backchich

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