• Suzanne Graf, 19 ans, sur les marches du Parlement de Berlin, qui devient aujourd'hui son lieu de travail.

    Suzanne Graf, 19 ans, sur les marches du Parlement de Berlin, qui devient aujourd’hui son lieu de travail.

    Sébastien Vannier

Le tout jeune parti des Pirates, qui milite pour la défense des libertés sur Internet, a réussi une entrée fracassante sur la scène politique allemande, la semaine dernière lors des élections régionales à Berlin. Parmi les quinze premiers « pirates» élus, Susanne Graf est la seule fille et la plus jeune députée du Parlement local de la ville-état.

Berlin. De notre correspondantDevant le Parlement berlinois, son nouveau lieu de travail, Susanne Graf cherche encore ses marques. Souriante, mais visiblement fatiguée dans sa jupe orange, couleur de son parti, elle ne semble pas encore croire à la nouvelle vie qui se présente devant elle.

Le destin de Susanne Graf, 19 ans depuis peu, a basculé dimanche dernier. À 18 h, le 18 septembre, les médias allemands égrènent les résultats des élections régionales berlinoises. Susanne est la candidate numéro 7 sur la liste du parti des Pirates. Après quelques secondes d’attente, le verdict tombe enfin : 8,9 % pour son parti.

Pour Susanne, le calcul est vite fait : ce score signifie qu’elle devient députée au Parlement berlinois. « J’étais dans les studios de la télévision berlinoise à ce moment-là, raconte-t-elle. J’ai cru qu’ils voulaient nous faire une mauvaise blague et j’attendais les vrais résultats ! »

Les vrais résultats, ce sont 130 000 Berlinois qui ont voté pour ce parti se présentant pour la première fois dans la capitale. Les Pirates, grâce à une campagne et une image volontairement jeune et branchée, ont su capter le vote des jeunes urbains qui délaissent les partis traditionnels. Y compris les Verts qui ont vu s’en aller une partie de leur cible privilégiée.

Une surprise de taille pour la scène politique allemande et pour les Pirates eux-mêmes. Tous les candidats de la liste, jusqu’au quinzième et dernier, feront partie du parlement régional de Berlin.

Depuis, toute l’attention se porte sur ces nouveaux venus et sur Susanne, seule fille de la bande. « J’avais pensé que j’aurais deux-trois semaines après l’élection pour pouvoir me reposer avant de commencer mes études », explique-t-elle dans un mélange de fatigue et d’excitation. « Je m’étais mise sur la liste pour aider le parti mais, jamais, je n’avais prévu d’être élue. »

Susanne Graf est entrée dans le parti à l’été 2009, l’année où cette toute jeune formation, centrée sur la défense des libertés sur Internet, a commencé à faire véritablement parler d’elle.

« Je voulais montrer mon engagement »

Susanne, alors lycéenne de 16 ans dans la région de Thuringe, fait leur rencontre par hasard. « Je m’intéressais pas mal à Internet. Je me suis d’abord engagée pour le Chaos Computer Club ¯ une plate-forme pour les activistes du Web. Et puis, j’avais une dissertation à faire et, là, j’ai pu trouver quelqu’un pour m’aider au parti des Pirates. »

Celle qui se disait auparavant pas intéressée par la politique franchit le pas quand éclate en Allemagne le débat sur la protection des données sur Internet : « Avec mes 16 ans, je pensais qu’ils n’allaient pas me prendre au sérieux. Ils m’ont tout de suite acceptée. Je voulais trouver un moyen de montrer mon engagement pour les libertés individuelles ». Susanne participe à sa première campagne électorale pour les élections fédérales de septembre 2009.

« J’allais collecter des signatures dans la rue. Personne ne nous connaissait et on nous demandait quel était notre programme. C’est vrai qu’à l’époque, il n’était pas aussi fourni qu’aujourd’hui », confesse-t-elle en souriant. Avec 2 %, ils obtiennent un premier succès d’estime.

Tout va alors très vite pour Susanne. En 2010, elle est élue vice-présidente des Jeunes Pirates. Moyenne d’âge : 21,5 ans. Elle en a 17. Au printemps 2011, elle obtient son bac professionnel et revient à Berlin pour la campagne électorale. « L’ambiance était complètement différente. Les gens venaient nous voir : ‘Ah les Pirates, je vais voter pour vous.’ »

Un souvenir marquant de la campagne ? Elle répond spontanément : « Gonfler des ballons orange pour les enfants, j’adorais ça ! »

Aujourd’hui, le drapeau orange ne flotte pas encore sur Berlin mais un air de mutinerie s’est emparé de la ville. Et Susanne doit revoir ses plans. « Il va falloir que je contacte mes profs. » Ses débuts à la faculté d’économétrie sont compromis. « Mais je veux quand même y aller. C’est important pour moi, notamment pour mon travail au Parlement où j’espère pouvoir m’occuper des questions économiques. »

Susanne n’aura plus de souci à se faire pour financer ses études : les députés berlinois sont payés pour une activité à mi-temps autour de 3 500 € par mois. « 3 500  ! répète-t-elle sans vraiment y croire. Je sais pas encore ce que je vais en faire. Il y a des frais certes, mais je pense que je vais en redonner au parti ». Quant à l’avenir ? Elle dit non aux élections nationales au Bundestag de 2013 car elle sera encore occupée à Berlin. Mais 2017 ? « Faut voir. »

Sébastien VANNIER.
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