Angela Merkel et Nicolas Sarkozy au G20 à Cannes, le 2 novembre 2011 (PoolNew/Reuters)

Pierre Haski

Les Grecs voteront donc le 4 décembre pour déterminer s’ils veulent rester dans la zone euro, avec une épée de Damocles : le versement de huit milliards d’euros d’argent européen qui évitera la faillite de leur pays sera conditionné à une réponse positive au référendum.

C’est la conclusion du mini-sommet de crise qui s’est tenu mercredi soir à Cannes, à la veille du G20, en présence du premier ministre grec Georges Papandréou, de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.

Au cours d’une conférence de presse tendue, peu avant minuit, la Chancelière allemande et le président français, qui ont joué la carte de l’« axe franco-allemand » pour montrer qu’il y avait un pilote dans l’avion, ont été clairs en évoquant pour la première fois l’hypothèse d’une sortie de la Grèce de cette zone.

La France et l’Allemagne ont donc été catégoriques : l’accord de Bruxelles du 27 octobre, sur la réduction de la dette grecque et l’accroissement du Fonds européen de soutien, reste entier et non négociable. La Grèce devra donc se soumettre ou sortir.

Oui ou Non à l’euro

La question posée aux Grecs ne sera donc pas, comme le souhaitait initialement Papandréou, l’approbation de l’accord de Bruxelles, mais oui ou non à l’euro.

Georges Papandréou a estimé ce mercredi soir à Cannes qu’une majorité chosirait de rester dans la zone euro.

« Nous sommes membres de la zone euro et fiers de l’être. Cela signifie que nous avons des droits et des obligations. Nous pouvons respecter ces obligations. Je pense qu’il y a un large consensus au sein du peuple grec, et c’est pour cela que je veux que le peuple s’exprime ».

En cas de réponse négative, toutefois, la Grèce serait le premier pays à quitter la monnaie commune européenne, un scénario qui n’était pas prévu et dont les conséquences sont totalement imprévisibles. En cas de victoire du non, ce sera également le défaut de paiement, faite d’aide internationale, et donc une situation de difficultés accrues pour les Grecs, une menace qui pèsera évidemment sur leur vote.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont parlé d’« amitié » et de « confiance » en direction des Grecs, qu’ils souhaitent voir rester dans l’euro, tout en martelant fermement l’idée que les règles décidées doivent être appliquées et respectées par tous.

Ils ont tenté de ne pas avoir l’air de menacer les Grecs ou même de leur dicter leur attitude, même si, de fait, le choix des Grecs sera de passer sous les fourches caudines de l’Europe et du FMI, avec des années de rigueur et de souveraineté limitée, ou de plonger dans l’inconnu.

« Nous ne demandons rien aux Grecs »

Nicolas Sarkozy l’a dit clairement :

« Nous ne demandons rien aux Grecs. Mais nous ne pourrons engager l’argent des contribuables européens que lorsque les règles adoptées au sommet de Bruxelles seront respectées. Nous ne donnons aucun conseil aux Grecs, aucune instruction. Le peuple grec est indépendant, libre de sa décision. »

Avant de pouvoir organiser son référendum, Georges Papandréou doit encore franchir l’obstacle d’un vote de confiance au parlement vendredi. Il avait réussi, mardi, à surmonter un début de fronde au sein de son parti, et a obtenu le soutien « unanime » de son gouvernement, qu’il n’avait pourtant pas consulté, pas plus que ses alliés européens, avant d’annoncer son projet de référendum.

« Unanimité » relative puisque le ministre des finances, Evangélos Vénizélos, hospitalisé mardi après l’annonce du référendum, s’est déclaré jeudi dans un communiqué opposé à cette consultation sur l’euro :



« La place du peuple grec dans l’euro est une conquête historique du peuple grec qui ne peut pas être mise en question. Ceci ne peut pas dépendre d’un référendum ».

L’Europe va donc vivre en apnée jusqu’au 4 ou au 5 décembre, en espérant que l’attitude intransigeante montre mercredi soir vis-à-vis de la Grèce rassurera les sacro-saints marchés désarçonnés par l’annonce grecque. Ensuite, la balle sera dans le camp des Grecs, maîtres -pour la dernière fois ? – de leur choix.

Les dirigeants de la zone euro présents à Cannes se retrouveront jeudi matin, juste avant la réunion du G20, où Chinois, Américains et les autres attendront de savoir ce qui se passe réellement en Europe…

Source Rue89 par Pierre Haski