Recueilli par Cordélia Bonal

Vendredi à la Défense. (CB)

Qui sont les Indignés venus occuper la Défense ce vendredi ? Comment ont-ils rejoint le mouvement ? Contre quoi s’indignent-t-ils, que défendent-ils ? Nous avons posé la question à quelques uns d’entre eux.

Jonathan, 23 ans, étudiant en communication.

«J’ai rejoint le mouvement le 19 juin. J’avais repéré sur Facebook qu’il y avait une AG à Bastille. Depuis je n’ai pas lâché. Cet été j’ai marché huit jours avec les Indignés espagnols, de Barcelone au Perthus. Ce qui m’a attiré dans ce mouvement c’est son horizontalité. On discute d’abord des idées, pas des personnes qui les portent. C’est comme ça que la politique pourra redevenir un débat d’idées.

Aujourd’hui les politiques ne sont plus légitimes. Ce que l’on cherche, c’est ramener le débat au peuple. Une République du bon sens ! Pourquoi pas en appelant à la constitution d’Etats généraux ? On reproche aux Indignés de ne pas avoir de projet construit, mais on n’est pas là pour proposer des solutions clés en main. Cette occupation de La Défense, ce n’est qu’une première phase, pour dire qu’une alternative est possible. Après il faudra construire, fédérer autour d’un projet commun.»

 

Delia, 46 ans, sans emploi.

«J’ai rejoint le mouvement dès ses premiers jours, en mai, à Bastille. J’étais en vacances, je suis rentrée exprès pour ça. J’avais vu l’exemple espagnol, je me suis dit c’est ça qu’il faut qu’on fasse. Je suis indignée contre le chômage, auquel je suis confrontée depuis longtemps. Contre le fait que je ne puisse pas aider mes enfants, étudiants, et qui n’ont pas d’argent. Contre la corruption. Contre l’idée, finalement, qu’une seule personne décide pour tout le monde.

On est capable, nous la population, de décider. Il faut créer des assemblées dans chaque ville, dans chaque quartier. Se saisir des problèmes un par un, comme le logement, proposer des solutions, évaluer le coût… C’est ça la démocratie réelle. Il faut mettre en avant l’intelligence collective, la sagesse des foules.»

 

Raphaël, 33 ans, webmaster dans une société d’immobilier.

«Je suis rentré dans ce mouvement par un ami qui y est depuis le début. On a été à Bruxelles ensemble le 15 octobre pour la journée mondiale d’action des Indignés, on a campé là-bas. Ici c’est plus compliqué, la police a des instructions plus strictes.

Ce qui m’indigne ? On n’arrête pas de nous dire que la crise est due au fait que le peuple dépense trop, alors que c’est d’abord une arnaque monétaire. Je suis indigné contre ça : la création monétaire, les paradis fiscaux, la course à la rentabilité, l’argent comme valeur morale… La finance est devenue un suprapouvoir. Les Indignés, pour moi, c’est un mouvement qui reflète vraiment une prise de conscience planétaire et globale. C’est le début de quelque chose, un déclencheur.»

 

Bertrand, 38 ans, postier en reconversion pour être enseignant.

«Cette notion des 99%, tandis qu’1% seulement de la population possède la moitié des richesses de la planète [« Nous sommes les 99% » est le slogan des Indignés, ndlr], je trouve ça très intéressant. Quelque part, ça rappelle la Révolution française. Tout est décidé sans nous. Il s’agit de résister. Ça touche tout le monde, pas seulement les encartés à gauche, les militants.

Etre ici avec les Indignés, c’est dire qu’on ne peut pas se limiter aux solution trouvées au G20. Il faut réinventer, se remettre à rêver. Il y a d’autres motifs de vie que notre seule valeur sur le marché du travail. Ce qui m’indigne, c’est que si peu de gens se sentent concernés. Il y a un certain fatalisme, un écrasement. Alors qu’il faut au moins essayer. Les Indignés, c’est ça : on essaie. On montre qu’on est nombreux à vouloir changer les choses. Et plus on sera nombreux, plus on atteindra une masse critique qui pourra faire basculer le rapport de forces.»

Source Libération