François Krug
Journaliste Rue89

Vendredi, les « Indignés » ont été délogés par les forces de l’ordre, qui ont démonté leurs tentes. Ce samedi, une centaine d’entre eux sont revenus devant la Grande Arche de la Défense, toujours déterminés à occuper le quartier des affaires.

Le rendez-vous avait été fixé à 14 heures. A l’heure dite, une trentaine de personnes est présente. Leur nombre gonflera au fil de l’après-midi, pour atteindre dépasser une petite centaine. Loin des rassemblements observés à Madrid, New York ou Londres.

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​« Un peu frustré des réactions françaises »

Willy, 35 ans, porte autour du cou un panneau « Nous sommes les 99% », le slogan des « Indignés » du monde entier, réponse au 1% qui contrôlerait les richesses et les pouvoirs. Il explique :

« On est un peu frustré des réactions françaises. On est plus victime que dans d’autres pays de la communication des médias : on nous fait croire que la crise, c’est quelque chose qu’on ne peut pas combattre. Avant d’être indignés, les Français sont résignés. »

Willy croit pourtant en ce mouvement qui se veut apolitique. Cadre dans une entreprise spécialisée dans les logiciels de ressources humaines, il n’est « pas gauchiste », ni militant. Mais il veut faire passer le message, sur Internet et dans son entourage :

« J’en ai même parlé à ma boulangère ce matin, en lui demandant si elle viendrait, elle a rigolé. On a inculqué aux gens un pessimisme ambiant, qui fait qu’ils n’y croient plus. Mais c’est déjà une victoire : on parle de nous, même sur TF1. »

« On ne nous a pas laissés nous installer »

Les « Indignés » attirent les médias, mais aussi les forces de l’ordre. Une dizaine de camionnettes de gendarmes mobiles stationnent de chaque côté de la dalle de La Défense, des policiers en civils veillent à la sortie de la station de métro.

La consigne ? Empêcher une nouvelle tentative de campement nocturne. A partir de la fin de l’après-midi, les policiers contrôlent les sacs des arrivants, à la recherche de sacs de couchage et de tentes. Les rares pancartes sont confisquées et stockées dans un camion.

Pour Justine, 19 ans, c’est justement une des explications du nombre relativement faible d’« Indignés » en France. Cette étudiante en histoire de l’art a participe au mouvement depuis le 29 mai et une tentative d’occupation place de la Bastille :

« En France, on ne nous a pas laissés nous installer. En Espagne, le mouvement est parti d’un appel de Democracia Real Ya pour une manifestation, et d’un petit groupe de gens qui ont décidé de rester camper. La base du mouvement, c’est de se réapproprier l’espace public. »

« Déçus par les partis et les syndicats »

L’autre particularité du mouvement, poursuit Justine, c’est « un côté horizontal, quelque chose de collectif mais qui respecte l’individualité ». Pendant deux heures, l’étudiante a d’ailleurs officié avec d’autres comme secrétaire de l’assemblée générale de l’après-midi.

Au programme : le bilan de la veille, des conseils sur le dépôt de plaintes en cas de violences policières, le plan B en cas de nouvelle éviction (rendez-vous dimanche près de l’église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles), et la répartition du travail – logistique et intellectuel – en commissions.

Dans un coin, une dizaine d’« Indignés » comparent ainsi les mérites des coopératives et des entreprises traditionnelles, assis en tailleur sur la dalle… et à l’ombre des tours d’Areva, GDF Suez et SFR.

C’est cette spontanéité qui a séduit Nicos, 29 ans, chef de projet dans le web :

« Avec ce qu’on fait à La Défense, même s’il n’y a pas 8 000 personnes, on parle de nous, et il y aura de plus en plus de monde. J’ai été impliqué dans des syndicats étudiants, dans des partis de gauche. C’est très compliqué, très lourd, pas forcément efficace.

Beaucoup de gens qui se reconnaissent dans ce mouvement ont été déçus par les partis et les syndicats. A Paris, il doit y avoir deux manifs chaque week-end, mais ça revient juste à faire un peu de bruit entre République et Bastille… »

Source Rue 89