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Les rumeurs évoquant un projet d’attaque divisent la classe politique.

Les fuites qui ont lancé le débat en Israël autour de possibles préparatifs d’une attaque contre les installations nucléaires iraniennes coïncident parfaitement avec le calendrier diplomatique. Un nouveau rapport de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) consacré à l’Iran doit être rendu public mardi. Il devrait contenir de nouvelles révélations sur les progrès réalisés par Téhéran dans son programme de recherche nucléaire militaire. Les services de renseignements occidentaux auraient aussi rassemblé ces derniers mois des informations alarmantes sur les avancées iraniennes dans ce domaine.

Les rumeurs d’une éventuelle action unilatérale israélienne surviennent donc à point nommé pour inciter les Occidentaux à faire preuve de fermeté à l’égard des Iraniens. Voire même pour inciter le Conseil de sécurité de l’ONU à voter de nouvelles sanctions contre l’Iran. Les bruits de préparatifs militaires israéliens n’ont pas non plus suscité de mises en garde particulières à Israël de la part des Occidentaux, et notamment des Américains. Nicolas Sarkozy, qui a réaffirmé le soutien de la France à Israël sur ce dossier, a été le seul à refuser d’envisager une attaque préventive contre l’Iran. Selon plusieurs médias israéliens, Nétanyahou et son ministre de la Défense Ehoud Barak auraient déjà décidé de recourir à l’option militaire, et chercheraient à convaincre les autres responsables israéliens.

Presque au même moment, des exercices de raids à longue distance de l’aviation israélienne ont eu lieu à la fin du mois dernier au-dessus de la Méditerranée, et Israël a procédé à des essais d’un nouveau missile balistique.

Avertissement à l’Iran, message destiné aux Occidentaux ou bien divergences d’opinion dans les sphères dirigeantes israéliennes, il reste difficile de savoir dans quelle mesure ces rumeurs sont fondées, ni si elles ont été répandues à dessein, et dans quel but.

Les discussions houleuses qui ont opposé ces derniers jours, par médias interposés, des officiels de tous bords sont typiques de la politique israélienne. Les phrases assassines et les informations judicieusement révélées aux journalistes sont une façon de porter sur la place publique des dissensions internes.

Aventure militaire

Le cabinet de Nétanyahou est resté silencieux ces derniers jours sur ce sujet. Une enquête interne aurait été confiée au Shin Beth pour découvrir les responsables de ces fuites, selon des révélations d’un journal koweïtien qui a déjà par le passé servi à relayer ce type d’informations. L’entourage de Nétanyahou soupçonnerait Meir Dagan et Yuval Diskin, les anciens chefs du Mossad et du Shin Beth, les services de renseignement extérieurs et intérieurs, tous deux opposés à une aventure militaire contre l’Iran, d’avoir fait part à la presse de discussions secrètes.

Mais il n’en reste pas moins certain que les Israéliens prennent très au sérieux la perspective de voir l’Iran se doter à terme d’une capacité nucléaire. En visite à Chypre, qui occupera en 2012 la présidence tournante de l’Union européenne, le président israélien Shimon Pérès a rappelé que la question du programme nucléaire militaire iranien ne concernait pas seulement Israël, mais le monde entier. Il a appelé les dirigeants des principales puissances à s’opposer fermement à la perspective d’un Iran nucléaire.

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Par Adrien Jaulmes
Le Figaro