Crise de l’euro + Fukushima : avez-vous remarqué comme on n’a jamais aussi peu parlé du climat dans les médias ? Il y a trois ans, lors du sommet de Copenhague, nous baignions dans le béni-oui-ouisme. Aujourd’hui, à trois semaines du sommet sur le climat de Durban, nous voilà tombés dans le déni de réalité.

 

Une étude publiée par Nature vient pourtant de confirmer les craintes de nombreux de spécialistes et observateurs : à moins d’une révolution, contenir le réchauffement de l’atmosphère en deçà de 2°C est déjà devenu impossible.

L’auteur principal de cette étude, le Dr Joeri Rogeli, de l’université ETH de Zurich, écrit :

« En l’absence d’un engagement ferme à mettre en place des mécanismes capables d’enclencher rapidement un déclin très prononcé des émissions mondiales, il existe des risques significatifs que la cible des 2°C, que tant de nations ont acceptée, soit déjà en train de nous échapper. »

Cette étude avance que pour conserver une chance « significative » (supérieure à 66 %) de maintenir la hausse des températures en-dessous de 2°C, les émissions mondiales doivent commencer à diminuer avant 2020.

C’est peu dire qu’on en est loin.

Les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 45 % depuis 1990 :

La crise de 2008 a provoqué un petit ralentissement, mais désormais c’est reparti, et à un rythme catastrophique. Les émissions de CO2 ont connu en 2010 leur plus forte croissance jamais enregistrée : + 6 %, d’après Washington. Une telle tendance annuelle, si elle persiste, nous place au-delà du pire des scénarios du Giec, celui d’une hausse des températures moyennes d’au moins 5°C d’ici à 2100, constate le site du Washington Post.

C’est l’Union européenne (UE) qui s’en tirerait le mieux : les émissions générées à l’intérieur du territoire de l’Europe ralentissent depuis 2005 ― même si, comme ailleurs, elles sont reparties à la hausse depuis 2009, et vivement :


Faute de politiques ambitieuses initiées ailleurs, ce résultat obtenu par l’Europe ne change à peu près rien à l’addition finale (ce qui, d’ailleurs, pousse Bruxelles à demander s’il ne vaudrait pas tout aussi bien tout laisser choir).

Mais surtout, ce succès solitaire de l’UE, qui pourrait lui permettre de remplir ses objectifs fixés par le protocole de Kyoto, est un trompe-l’œil. Il repose en effet sur la prise en compte des seules émissions générées en Europe. Or, si l’on intègre les émissions dues à la production et au transport des produits importés de Chine et d’ailleurs, les émissions des citoyens-consommateurs de l’Union semblent au contraire avoir explosé !Depuis combien de temps n’avez-vous pas acheté un bidule made in Europe ? Peut-on se contenter de blâmer les Chinois qui fabriquent nos bidules dans de tristes conditions écologiques et sociales, très souvent avec des capitaux investis par des groupes industriels et des banques bien de chez nous, qui délocalisent tant qu’ils peuvent depuis un quart de siècle, cimentant au passage les conditions du chômage de masse ici ? (SUITE)

Via Le Monde.fr