En Californie même si les Occupy L.A n’ont jamais entendu parler de Bernard Thibault les mouvements sociaux français leur servent d’inspiration. Depuis un mois ils sont 500 à squatter le parvis de l’hôtel de ville de Los Angeles sous leur tente.

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Même sous la pluie, Cindy manifeste

« Vous les Français, nous vous admirons !» A l’heure où l’hexagone s’enfonce mois après mois dans la morosité, avouez que ce grand cri d’amour, a de quoi déconcerter. Surtout venant de la part d’Howard, un jeune californien de 36 ans, qu’on croirait, a priori, plutôt heureux de vivre dans l’état qui incarne depuis près d’un siècle l’American Dream par excellence. Mais la réalité est toute autre. Touchée de plein fouet par la crise, la riche Californie est aujourd’hui en plein marasme économique : système de santé en panne, droits de scolarité prohibitifs, coupes budgétaires drastiques, chômage qui explose …

Dirty hippie ? « Il y a toujours eu des pauvres en Californie, mais il a fallu que les classes moyennes soient elles aussi touchées par la crise, pour qu’un mouvement de contestation émerge », explique Howard. Casque de chantier jaune vissé sur la tête, planté sous la pluie battante depuis plus d’une demie-heure, cet électricien au chômage qui vient tous les jours depuis le début du mouvement, tente d’interpeller les automobilistes. Sur son panneau un slogan humoristique, sans doute une pique à l’adresse du camp Républicain : « Do I look like a dirty hippie ? » (ai-je l’air d’un hippie crasseux ?), interroge la pancarte.

Staples Center « En ce moment, c’est très simple, il y a trois façons d’envisager l’emploi en Californie : soit vous venez de perdre votre job, soit vous allez le perdre, soit vous êtes morts de trouille à l’idée de le perdre ».

Où rejoindre les Occupy L.A.?


Howard est au chômage technique depuis cinq mois. « Je travaille sur des chantiers. L’ironie du sort, c’est que tous les bâtiments que vous voyez autour de nous, j’ai participé à les construire… La salle multi-sport du Staples Center, cette banque là-bas, cette tour ici … ». Avec la crise, les budgets alloués à la construction ont été gelés et l’embauche de main d’œuvre avec.

Sur Obama: « Je suis déçu. Il a fait trop de compromis. Je crois que pour que les choses changent vraiment de façon drastique aux Etats-Unis, nous avons besoin d’une vraie gauche, comme votre parti socialiste en France ! Nos démocrates sont beaucoup trop tièdes. Et puis nos Républicains sont très forts : ils réussissent quand même l’exploit de faire croire aux pauvres que plus de justice sociale ne ferait que les appauvrir ! Parmi les gens opposés à la réforme du système de santé, croyez-le ou pas, il y avait énormément de pauvres qui n’ont de toutes façons pas les moyens de se soigner  …»


Howard en mode Village People


Assurance santé Un peu plus loin, une « camarade » acquiesce. « Moi, je vous envie surtout pour votre système de santé ! Il paraît que c’est l’un des meilleurs au monde ! Chez vous, l’accès aux soins, c’est un droit, ici c’est encore considéré comme un privilège !». A 41 ans, Cindy cumule deux emplois mal payés pour pouvoir survivre. La jeune femme d’origine latino-américaine a tout juste de quoi payer son loyer de 900 dollars par mois pour un petit appartement d’une pièce en banlieue de Los Angeles. Mais pas assez pour cotiser à une mutuelle privée. Cindy fait partie des 46 millions d’Américains qui n’ont pas de couverture santé …

« Il y a quelques mois, j’avais une grosseur au sein, j’ai eu très peur. Je me suis rendue dans une clinique gratuite privée qui aide les plus défavorisés, mais je me suis faite jeter au motif que j’avais un salaire et que des milliers de personnes étaient sur liste d’attente ! J’ai finalement trouvé de la place dans une autre structure. Mais depuis je prie tous les jours pour ne pas tomber malade ».

Nous avons besoin d’un vrai parti socialiste, comme le vôtre

Je prie tous les jours pour ne pas tomber malade


Etudiants surrendettés Et quand ce n’est pas le système de santé qui coince, c’est l’éducation. « Je reviens de Chicago, où j’étais étudiante » explique Tracy, 24 ans. « Les frais de scolarité de mon université ont tellement augmenté à la rentrée que j’ai laissé tombé. Je suis déjà très endettée auprès de ma banque à cause des prêts étudiants que j’ai été obligée de prendre. J’en ai probablement jusqu’à la retraite pour rembourser tout ça. Plusieurs centaines de milliers de dollars… sans parler des intérêts qui s’accumulent … Je suis revenue chez mes parents à L.A pour me remettre à travailler. Je n’avais plus le choix ».

Suivre l’exemple des manifs contre les retraites … en France A quelques mètres, le campement. En quelques semaines, les tentes ont poussé comme des champignons tout autour de l’Hôtel de ville.  « C’est comme une forteresse assiégée, mais cela reste très pacifique», plaisante un indigné à dreadlocks, la guitare en bandoulière. Non loin de là, assis dans sa tente, Ricky sort une tête par la porte : « Bienvenue dans mon nouveau chez moi ». A 26 ans, cet ouvrier en bâtiment, est habitué aux logements de fortune. Voilà deux ans qu’il est au chômage et qu’il « emprunte et squatte à droite à gauche, chez des potes, sur un canapé… ». A cause de son statut de travailleur indépendant, il n’a pas le droit au chômage. Il entend rester là le temps qu’il faudra.

« On suit l’exemple des Français. Vous avez de l’endurance. Vous étiez dans la rue pendant des mois pour ne rien lâcher sur les retraites. Et bien nous, c’est pareil. On ira jusqu’au bout pour se faire entendre. Moi, je suis prêt à rester des années s’il le faut. Je suis bien entourée ici et je n’ai rien à perdre ».

Source Street Press