b2.jpg Admirez la prestance d’un bombardier furtif volant dans le soleil couchant.

Superbe, non ?

Regardez comme il s’élance vers sa cible, fier !

Admirez son oeil vif et son revêtement luisant !

De bien belles bêtes si vous voulez mon avis. Quand on élève des chiens de chasse pareil, il serait trop bête de les laisser enfermés dans le chenil. Elles ont besoins d’air, d’espace, de vastes horizons.

En Israël, le débat concernant l’ouverture de la chasse a récemment été ré-ouvert. Shimon Pérès, président israélien et ancien prix Nobel de la Paix a ainsi affirmé :

La possibilité d’une attaque militaire contre l’Iran est plus proche que l’option diplomatique.

Quel évènement pourrait bien pousser notre colombe à montrer les crocs ? L’AIEA ( Agence Internationale de l’Energie Atomique ) s’apprête à rendre public un nouveau rapport sur l’avancée de la recherche nucléaire iranienne. Et celui-ci réserverait quelques surprises. Shimon Pérès encore, à la radio israélienne :

[selon des] signes avant-coureurs, l’Agence a en main des preuves que les Iraniens, malgré leurs dénégations, vont bien produire un armement nucléaire.

Jusqu’à présent, l’Agence avait accordé le bénéfice du doute à l’Iran. Ce rapport, s’il est publié, va lever le doute.

En Israël, il y a les Pros et les Contres. Parmi les Pros nous trouvons les 0,1% de tête : Ehud Barack (travailliste), Benyamin Netanyahou (Likoud), et Avigor Liberman (Israëaval Beytenou). Leurs ministres et les services de sécurité, eux, sont plutôt contre ( « Vous êtes sur les gars là ? c’est chaud quand même  » ). Quand aux 99%, ils sont mitigés : les derniers sondages donnent les pour à 41% et les contre à 39%.

Les tambours de la guerre se sont remis à battre. Avons-nous le droit à un énième ballon d’essai ?

 

Un mauvais flic, plein de bonne volonté

Depuis quelques années, la diplomatie occidentale nous a habitué à ce type d’opération d’intoxication médiatique. Chaque rapport de l’AIEA donne lieu à son défilé de chefs d’états aux discours moralisateurs, agitant les menaces et brandissant les sanctions. On finit par s’habituer.

Et dans cette pièce, Israël joue le rôle du méchant flic. Un rôle que l’administration israélienne prend très au sérieux.

Durant le printemps 2008, Israël demande au président Bush l’autorisation de frapper les installations nucléaires iraniennes. Celui-ci refuse de donner son feu vert. D’après les sources du Guardian ce refus aurait été motivé par deux raisons : craintes devant l’étendue de la possible réponse iranienne, et constat qu’un bombardement par Israël serait insuffisant pour condamner le programme nucléaire iranien. Israël peut difficilement se passer de l’autorisation des Etats-Unis car ceux-ci contrôlent l’espace aérien Irakien. Bush consent néanmoins à vendre à Israël milles bombes GBU-39. ces bombes ultra-compactes anti-bunker permettent d’optimiser la charge utile des avions qui partent en missions.

 

En décembre 2010, un article de « The Economist » décrit la guerre comme inévitable. Une guerre dont les racines viendraient de  :

 […] l’apparent désir de l’Iran d’acquérir à n’importe quel prix une arme nucléaire, et l’apparent désir d’Israël d’arrêter l’Iran à n’importe quel prix.

Pour cet analyste, cette guerre aurait lieu en 2011 et atteindrait une violence inégalée même pour la région. Le Hezbollah et le Hamas s’étant renforcés depuis les derniers affrontements, Israël devrait frapper deux fois plus fort. La Syrie pourrait elle aussi rentrer dans l’équation.

Notre auteur écrit ces lignes le 29 décembre 2010. Quelques jours plus tard, Ben Ali s’enfuit de Tunisie et le monde prend conscience que quelque chose a changé. Le printemps arabe va passer par là. L’auteur a-t-il mal évalué l’équilibre de la balance régionale ? S’est-il réellement fourvoyé ?

Le 11 octobre 2011, les Etats-Unis déjouent un complot visant à assassiner l’ambassadeur d’Arabie Saoudite sur le sol américain. Barack Obama sortira de son silence le 13 octobre.

[le suspect est] un individu américain d’origine iranienne (qui) était impliqué dans un complot pour assassiner l’ambassadeur saoudien (…) Et nous savons aussi qu’il avait des liens directs, était payé et recevait des ordres d’individus au sein du gouvernement iranien.

Ces faits sont accessibles à tout le monde, et nous n’avancerions pas de telles hypothèses sans avoir les faits pour prouver ces allégations contenues dans l’acte d’inculpation.

Ce n’est pas seulement une escalade dangereuse, cela relève d’un ensemble de comportements dangereux et extrêmement risqués de la part du gouvernement iranien.

Pour l’Iran, il est important de répondre à la communauté internationale : pourquoi leur gouvernement est-il engagé dans de telles activités ?

  L’Iran dément aussitôt et crie au complot.

Serais-ce l’erreur de trop ?

 

Embrouille sous roche

Alors qu’en Israël, résonnent les tambours de la guerre, à Londres, dans les couloirs du parlement Anglais les propos sont plus mesurés. En contact avec de sources parlementaires ou au ministère de la défense, Nick Hopkins écrit, le 2 novembre, dans le Guardian  :

Elles ont été claires sur le fait que Barack Obama n’as aucun désir de s’embarquer dans une nouvelle et provocatrice aventure militaire avant les prochaines élections présidentielles.

Mais elles ont averti que les calculs pourraient changer à cause des inquiétudes grandissantes concernant les renseignements rassemblés par les agences occidentales, et la posture belliqueuse que l’Iran parait avoir prise.

Il a été dit au Guardian que le rapport de l’AIEA pourrait modifier les cartes (« a game changer »), qui apporterait des détails sans précédant sur la recherche et les expérimentations qui sont entreprises par le régime.

Déterminé à calmer son impétueux allié, avec lequel il entretient des relations si tendue, Obama enverra le secrétaire de la défense américain, Leon Panetta, à Jérusalem. Mais celui-ci reviendra bredouille : il n’obtiendra que des réponses vagues concernant les intentions d’Israël, et sur sa détermination éventuelle à agir seul …

Ces belles passes diplomatiques trompent-elles vraiment quelqu’un ? Reprenons ce que nous venons de lire et déconstruisons l’embrouille en trois points :

 

 Le rapport de l’AIEA : un « game changer » ?

Les capitales occidentales seraient-elles au bord du mur ? Déterminées à sauvegarder la paix, mais poussées à l’affrontement par un rapport de l’AIEA à l’allure de brulot, et ayant pris tous le monde de court ?

La vérité pourrait être moins limpide.

Le 07 septembre 2009, Mohammed El Baradei, directeur de l’AIEA publie un rapport sur le nucléaire iranien. Ce sera son dernier : il s’apprête à quitter l’organisation le 30 novembre de la même année. Va-t-il avoir le droit à un pot d’adieu  ? Ou à une montre en platine ? C’est plutôt une polémique que ses collègues français et israéliens vont lui offrir.

Dans « Le Monde » du 7 septembre 2009 nous pouvons lire :

Le directeur général de de l’AIEA, Mohamed El Baradei, a lui rejeté lundi à Vienne les accusations d’avoir dissimulé des preuves contre l’Iran, ajoutant qu’elles ont été« motivées politiquement et absolument sans fondements »« Je suis consterné par les accusations de certains états membres, qui ont été livrées aux médias, que des informations n’ont pas été communiquées au conseil »

Puis plus loin :

 La semaine dernière, devant quelques journalistes, Bernard Kouchner avait demandé pourquoi M. El Baradei refusait de publier des annexes de son dernier rapport. « Il est clair à la lecture des documents de l’AIEA qu’aucune question n’a trouvé de réponse. Dans les annexes, il y a très précisément des éléments qui nous permettent de nous interroger sur la réalité d’une bombe atomique », avait-il dit, ajoutant sans plus de précisions : « Il y a des problèmes d’ogives, de transport… »

Depuis El Baradei a été remplacé par le Japonais Yukiya Amano. Les fameuses révélations qui risquent de changer le cours de l’histoire en 2011 ne seraient-elles en fait que des vieilles annexes réchauffés à la mode « spin-doctors » ?

Voici ce qu’affirme le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi :

« La propagande (occidentale) commence à dire que le prochain rapport de l’AIEA va présenter des documents sur une activité de l’Iran en matière de missiles, mais l’agence l’a déjà dit auparavant en présentant de tels documents et nous y avons répondu »

« Nous estimons que ces documents sont des faux et nous avons répété qu’ils sont sans fondement »  »Mais si (l’AIEA) persiste à vouloir les utiliser, nous sommes prêts à y faire face une fois pour toutes »

« La question nucléaire iranienne n’est pas technique ni juridique, mais totalement politique »

Serait-on en train de nous ressortir le coup des armes de destruction massive de Saddam Hussein ?

 

Israël tenté par faire cavalier seul ?

Imaginer le secrétaire de la défense américain Leon Panetta, éconduit par le gouvernement israélien, donne l’image d’un Israël va-t-en guerre, et d’une Amérique dirigée par un prix Nobel de la Paix coincé entre un Iran belliqueux et Israël prêt à en découdre. La vérité serait-elle plus subtile ?

L’Amérique, menace après menace, accumule dans le Golfe Persique de grandes forces militaires. Ici en 2007, c’est un troisième porte-avion qui est déployé. Puis là en 2010, des centaines de bombes anti-bunker transférées. En 2010 encore, des flottes entières qui sont déployés dans la région.

Mais si ces manoeuvres sont le quotidien d’une stratégie de tension, un nouveau pas semble avoir été franchi. Alors que l’ONU sort tout juste des débats concernant l’adhésion palestinienne, Obama va finalement accepter de signer un deal, longtemps attendu.

Dans l’édition du 25 septembre du « The Daily Best », nous pouvons lire :

Des officiels U.S. et Israéliens ont confirmés à Newsweek, que l’aide comprenait la livraison longtemps repoussée de 55 puissantes GBU-28 Hard-Target Penetrators, plus connues  sous le nom de chasseuse de bunker, jugée critique pour toute future frappe militaire contre les sites nucléaires iraniens. Cette aide inclue aussi un réseau de radars – certains situés dans des voisins arabes – conçu pour aider Israël à repousser une attaque de missiles […]

« Ce qui est unique dans l’Administration Obama, c’est leur décision que en dépit des désagréments au niveau politique, les relations militaires et de renseignements bénéficiant aux deux bords ne seront pas empoisonnées par les tensions politiques » dit Amos Yadlin, ancien directeur du renseignement pour l’armée israélienne. 

 Le 27 septembre 2011, le Guardian rapporte que ces bombes ont déjà été livrées à Israël.

La mécanique s’accélère.

 

Pas d’aventure militaire avant les prochaines présidentielles ?  

Les questions d’agenda politique et de « fenêtres » d’interventions sont au coeur de la diplomatie de tension mise en place par les occidentaux contre l’Iran. Et s’il peut nous sembler logique à nous, simples citoyens, que « bombarder avant les élections, c’est pas top ! « , quand on rentre dans le domaine de la Realpolitik, certaines équations prennent une toute autre dimension.

Sur le plan politique d’abord, une guerre serait-elle une si mauvaise affaire pour Obama ? De concessions accordées en arrangements durement négociés, le président américain a déçu une grande partie de sa base électorale de gauche. Sa cote de popularité est au plus bas sauf quelques éclaircies passagères, notammentlors de l’assassinat de Oussama Ben Laden. Obama serait-il tenté par l’union sacrée du pays dans la bataille ? Ajoutons à cela le probable départ  de Nicolas Sarkozy de l’Elysée en mai 2012. Sarkozy, qui avait placé l’Iran au coeur de la politique étrangère française dés 2007.

Rappelez vous :

Cette démarche est la seule qui puisse nous permettre d’échapper à une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran.

Les dirigeants israéliens, eux, trépignent d’impatience. Les services de renseignements sont formels : l’Iran devrait être en mesure de fabriquer quelques bombes atomiques d’ici 1 à 2 ans. Et l’élection présidentielle américaine en novembre 2012 risque de refermer la « fenêtre de tir ». Les pilotes ont été entraînés. Les bombes sont dans les docks.

Un troisième centre de pouvoir pourrait être moteur dans cette intervention.

 

Depuis le déclenchement du printemps arabe, un pays est à la manoeuvre : l’Arabie Saoudite. Dans la péninsule arabique, le printemps arabe est lu comme   »réveil chiite ». Et le royaume n’a épargné aucun effort pour le contrer : accueil de Ben Ali, gestion de la transition yéménite, pacification de la situation au Bahreïn, invitation à la nouvelle Égypte pour rejoindre son Club du Golf … Mais reste l’Iran ! Les Saouds l’affrontent au Liban, et en Syrie. En Palestine et en Irak. Ne serait-il pas temps, une bonne fois pour toute, de frapper à la source et de couper la tête du seul serpent qui puisse les défier ?

Car si l’Arabie Saoudite n’entretient pas de force d’intervention, elle possède de puissants alliés, des mercenaires dévoués : la 1 ère armée mondiale, eux mêmes souvent accompagnés de la 4ème, et la 5ème armées du monde. En Europe et aux Etats-Unis c’est la crise, et les banques ont besoin d’argent. Le choix pourrait être simple : attaquer l’Iran ou se faire racheter par les chinois.

Quand à la situation militaire ? Elle n’a jamais été aussi dégagée.

Le déclenchement de la révolution en Syrie perturbe la stratégie de défense iranienne. Damas ne peut retirer ses chars des villes, et se retrouve ainsi paralysé. Les lignes de ravitaillements du Hezbollah s’en trouvent perturbées. Mais pour combien de temps ? En Irak, les américains ont rendu la maîtrise de l’espace aérien aux Iraquiens, qui n’ont pas d’avions : le couloir de vol est dégagé. Et Barack Obama a affirmé le 21 octobre, que le dernier soldat américain aurait quitté le sol irakien avant la fin de l’année. Plus aucun otage américain a porté des missiles vengeurs iraniens.

Somme nous toujours bien dans une stratégie de tension ?

A force d’accumuler des armes dans la région, quelqu’un ne va-t-il pas malencontreusement appuyer sur le bouton ?

 

Atomiser pour mieux régner

En Iran, on se prépare depuis de longues années à une telle éventualité. Tel des nains dans la Moria, on a creusé profond. Puis encore plus profond.  En 2009, les services secrets occidentaux dévoilent l’existence d’un site secret en construction prés de Qom. Les installations nucléaires sont en plein coeur de la montagne, cachées au coeur de la terre. En juin 2011, la république islamique annonce le transfert, sous contrôle de l’AIEA, de ses activités d’enrichissement vers ce nouveau site. Une provocation !

Mais comment réussir à frapper ces sites, protégés par des mètres de béton armé, placés au coeur de la terre ?

Le complexe militaro-industriel américain est ravi de vous présenter :

La GBU-28 Bunker-Buster

Vous savez ? Ces 55 petites merveilles technologique qu’Israël a reçu discrètement d’un expéditeur mystérieux de Washington DC ?

 

Ces chasseuses de bunkers construites à la va-vite pendant la guerre du golfe pèsent 2200kg et sont faite pour s’enfoncer profondément dans le sol avant d’exploser. Plus de 30 mètres de sol friable et plus de 6 mètres de béton armé.

Mais comment réussir un tel prodige ?

Nous trouverons l’explication dans cet article de la version américaine du monde diplomatique qui titre « Le gros secret sale de l’Amérique » :

Depuis 1997, les Etats-Unis ont modifiés et améliorés leurs missiles et bombes intelligentes. […] L’amélioration nécessite de remplacer la tête conventionnelle par un métal dense et lourd. Calculer le volume et le poids de ce mystérieux métal conduit à deux conclusions possibles : le tungstène ou l’uranium appauvri.

Le tungstène pose des problèmes. Son point de fusion est 3422 °C le rendant très difficile à travailler. Il est cher, produit principalement en Chine et il ne brûle pas. L’uranium appauvri est pyrophore, brule à l’impact ou lorsqu’il est allumé, avec un point de fusion à 1132 °C. Il est plus facile à travailler et en tant que déchet nucléaire, il est disponible gratuitement pour les industriels de l’armement. De plus, l’utiliser dans une grande gamme d’armement permet de réduire de façon significative le problème de déchets nucléaires aux U.S.

Selon cet article, les bombes guidées GBU-28 pourraient emporter jusqu’à une tonne et demi de déchets radioactifs.

 

Un casse tête logique

Notre espèce n’a sûrement pas fini d’évoluer, car il est encore des problèmes simples qui nous semblent hors de portée de notre compréhension.

Cela est vrai même avec la logique élémentaire.

Si vous avez suivi, comme moi, les évènements qui ont été décrits dans cet article, l’attaque sur l’Iran semble presque logique. Evidente. Les rumeurs se répandent parmi les ambassades, sont discutées dans les antichambres des ministères. Des pièces sont déplacées, des accords sont conclus.

Mais lorsque l’on prend un peu de distance avec cette agitation des élites, on reste pensif … envoyer des bombes à l’uranium sur les iraniens pour les empêcher d’en avoir ?

Alors que vos citoyens aspirent à une nouvelle ère … c’est vraiment ce que vous avez de mieux ?

 

Source: reflets-nfo

Via Wikistrike