Un « Indigné » manifeste à Madrid, le 24 juillet 2011 (Susana Vera/Reuters)

Avec son sourire équivoque et ses lignes anguleuses, le masque « V » est devenu un symbole de protestation mondiale et un signe de ralliement qui court des Anonymous aux « Indignés » du monde entier.

Cette année, il pullulait dans tous les sit-in d’« Occupy Wall Street ».

Récemment, un des grands noms du street art, Shepard Fairey, rhabillait l’affiche d’Obama qui a fait sa célébrité d’un de ces masques, pour soutenir « Occupy together ».


L’artiste Shepard Fairey revisite son affiche « Hope » avec le masque V (Shepard Fairey/Obeygiant)


Assange lors d’une manifestation « Occupy » à Londres

En octobre dernier, Julian Assange, porte-parole de WikiLeaks, exhibait le masque lors d’une des manifestations « Occupy » à Londres, en octobre 2011.

Alan Moore, auteur de la géniale BD « V pour Vendetta », d’où le masque est tiré, ne s’était jamais vraiment exprimé sur la popularité soudaine du « V ». Il y a quelques jours, le scénariste de 58 ans racontait au quotidien britannique The Guardian de quel œil il voyait sa « fiction filtrer dans le monde réel ».

Lorsqu’il conçoit « V pour Vendetta », avec le dessinateur David Lloyd, entre 1988 et 1990, Alan Moore s’inspire de Guy Fawkes, figure du XVIIe siècle, demeurée dans les mémoires comme le symbole de la « Conspiration des poudres ».

Une adaptation libre du comics « V pour Vendetta »

A l’époque, le scénariste de « Watchmen » et de « From Hell » décrit un monde qu’il situe en 1997, où la population subit le joug d’un Etat totalitaire, parvenu à anesthésier tous les contre-pouvoirs. Sur 38 chapitres, tous titrés par un mot commençant par V – « Valeur », « Vengeance », « Victimes »… – le héros anarchiste, affublé du masque « V », multiplie les actions terroristes contre les symboles du pouvoir et appelle à la résistance.

L’adaptation au cinéma d’un « sourire obsédant »

En 2006, James McTeigue adapte le comics au cinéma et popularise le masque. « Ce sourire est tellement obsédant », commente Alan Moore :

« J’ai essayé d’utiliser sa nature mystérieuse à des fins dramatiques. On pourrait montrer une image d’un personnage se tenant ainsi, silencieux, avec une expression qui peut être agréable, enjouée ou plus sinistre. »

Bande-annonce de « V pour Vendetta »

Adapation de James McTeigue, 2006

Mais le scénariste est furieux. Après des adaptations de « From hell » et de « La Ligue des gentlemen extraordinaires » qui l’ont déçu, il reproche à Warner Bros de modifier le message politique de « V pour Vendetta », d’atténuer sa dimension anarchiste et de supprimer les références aux drogues.

Aujourd’hui, Alan Moore se réjouit de la popularité de son masque :

« Je suppose qu’en écrivant “ V pour Vendetta ”, j’ai pu penser secrètement, aux tréfonds de mon cœur : ce serait formidable que ces idées aient un impact. Donc, quand vous commencez à voir ce que vous avez écrit empiéter sur le monde ordinaire… Ça fait bizarre. C’est comme si un personnage que j’ai créé trente ans plus tôt s’était, d’une certaine manière, échappé de la fiction. »

Le masque devient un signe de ralliement populaire contre le pouvoir et la richesse détenus par les 1% de la population américaine la plus privilégiée.

« Et quand vous avez une mer de masques V, je suppose que les manifestants apparaissent presque comme un seul corps – ces 99%, dont on parle tant. En soi, c’est formidable. Je comprends pourquoi les manifestants y ont eu recours. »

Quand les « Indignés » enrichissent Time Warner

Goguenard, Alan Moore relève pourtant un des paradoxes de l’époque. Malgré les copies qui circulent, le masque officiel de V coûte une dizaine de dollars. Les droits sont la propriété de Time Warner :

« Je trouve un peu embarrassant qu’une grande entreprise tire profit d’un mouvement de protestation anticapitaliste. Ça n’est pas vraiment qu’elle désire y être associée, mais elle déteste encore plus tourner le dos à l’argent. Ça va à l’encontre de ses instincts. »

Il ricane : « Je trouve ça plus drôle qu’agaçant. »

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