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Cet article d’opinion a été envoyé par mail à l’operation leakspin, l’article représente les témoignages d’un Franco-Tunisien lors du sit in du Bardo ce Samedi 3 décembre.

Sit in du Bardo à Tunis, le 03 Décembre 2011.

Gauchiste a tendance révolutionnaire, je ne pouvais rester tranquillement chez moi à lire les tweets. Plus je lisais, plus je voulais savoir, comprendre, le vivre. Le peuple tunisien s’est soulevé le 17 Décembre et c’est libéré du joug de son dictateur le 14 Janvier 2011. Nous voila bien proche de l’anniversaire de l’immolation de Mr Bouazizi qui a déclenché cet élan populaire. Me voila donc reparti au Bardo après un court passage le matin même. Je récupère au passage une jeune fille, 25 ans, et pas du tout intéressée par ce qui se passe dans son propre pays.

 

Sit in du Bardo à Tunis, le 03 Décembre 2011Sit in du Bardo à Tunis, le 03 Décembre 2011

Arrivé aux environs de 14h00 je parcours la foule des démocrates tout en observant de temps à autres sur ma gauche le camp des « extrémistes », présent en masse sur les lieux. Je m’interroge et j’interpelle des gens ci et là, j’écoute les positions de chacun et je comprends progressivement les enjeux élevés de ce sit in. Ma rencontre avec Dalila me donne l’éclaircissement  politique dont j’avais besoin. Entre c½ur de gauche on se comprend! Elle m’explique, dans le bruit tumultueux des slogans, les problèmes liés a la constitution. Non ce n’est pas un problème de religions ou de laïcité, non ce n’est pas le problème de la burqa; l’enjeu est bien plus grand que cela. Il s’agit d’écrire une constitution, la première constitution démocratique dans un pays à peine libéré qui découvre les rouages et les enjeux de la démocratie. Amendement de la constitution au 2/3 de l’assemblée, motion de censure à 50+1, séparation des pouvoirs, indépendance de la banque centrale, du ministère de la justice, du ministère de l’intérieur. Voila le vrai débat, le pourquoi de ce rassemblement. Merci à toi camarde!

Voila une bonne heure que je suis au sit in, j’observe et comprends mieux, mon accompagnatrice me traduit les banderoles, pancartes et slogans. Les extrémistes, fidèles à eux mêmes insultes, provoquent sans cesse dans un langage digne de gavroche. Ils en arrivent même à chanter des chants de stade. Puis je rencontre 2 jeunes filles à qui je demande leurs raisons d’être ici. Elles m’expliquent qu’elles ont peur pour leur liberté, qu’au final elles se sentaient plus libre sous la dictature mais ne veulent pas y retourner. Elles veulent se battre, lutter pour cette liberté si durement acquise. Non elles ne renonceront pas! Nous sommes en face à face avec les présumés « Islamistes »; ils provoquent, insultent et n’ont de cesse de chercher le conflit direct. On les sent près à bondir comme des fauves affamés. Elles ont peur mais ne sont pas terrifiés par eux. Elles sont galvanisées par leur liberté, par la démocratie et elles ne reculeront pas malgré que l’ennemi gagne du terrain. Nous ne sommes séparés d’eux que par une route, ils sont sur le trottoir d’en face tout simplement. A un moment j’ai cru le conflit direct inévitable en les voyant progressé sur la route contrôlée par un petit comité de policier et des volontaires (gardiens de la révolution). Les démocrates que je soutiens ont alors une réaction extraordinaire, ils se mettent a chanter leur hymne national en guise de réponse. Ils chantent fort et fièrement, la main sur le c½ur en seule réponse. Cela me rappelle une chanson de brel « quand on a que l’amour » (quand on a que l’amour et rien qu’une chanson pour convaincre un tambour..) J’en ai la chair de poule, je me sens transporté par ce chant dont je ne comprends les paroles. Les singes en sont abasourdit et n’avancent plus, ils en perdent un instant leur haine et le service d’ordre en profite pour les repousser.

 

Les deux camps, face à face, Le Bardo à Tunis, 03/12/2011Les deux camps, face à face, Le Bardo à Tunis, 03/12/2011

En fin d’après midi les Nadawistes (partisans du parti islamique Ennahda)  d’en face s’échauffent encore. Les niqabs font leur défilé sous nos yeux et nos moqueries. En vérité cela n’est pas anodin, c’est plus que de la provocation; ils veulent démontrer que le sit in est conflit de religion vs laïcité rapporté d’un souci à l’université de la Manouba. Ils en arrivent même à oser nous scander des Allah Akbar (Dieu est grand), et dans un jeu d’intelligence que seul notre camp maitrise nous leur rétorquons la même chose. Non les musulmans ne sont pas d’un seul coté, et non vous n’êtes pas les garants de l’Islam. Le Coran  ne commence t il pas par  » Au nom d’Allah le clément, le miséricordieux »? Qui fait preuve de cette clémence et de cette miséricorde en ce moment ? Ceux qui se permettent d’insulter ou ceux qui répondent par des hymnes rassembleurs?

 

Les niqabs font leur défiléLes niqabs font leur défilé devant les yeux des protestataires démocrates

Journal de 20h sur France2 environs 8 mns: flash spécial sur la Tunisie, un envoyé spécial de france24 nous parle d’un mouvement de contestation entre les islamistes et les laïcs sur fond de Burqa. Ce même envoyé spécial est rester posté sur un immeuble d’une quinzaine d’étages environs deux heures avec un cameraman. La désinformation bat une nouvelle fois son plein. Il paraitrait intéressant de creuser plus avant sur ces couverts médiatiques et les accolades de notre cher gouvernement avec les intégristes. La dictature religieuse dans le Maghreb serait elle moins couteuse, ou paraitrait elle plus pratique pour un esclavagisme moderne?

Je sors de ce rassemblement grandit. Je ne connaissais les islamistes que par des images télévisuelles et comme nous tous j’en avais une certaine image. Après avoir put les observer et avoir supporter leur provocations puériles, je sais maintenant qui ils sont. Je les connais en fait, je les croise chaque jour dans notre si jolie France. Regarder à droite, un peu plus à droite encore oui voila juste au dessus de l’épaule de Sarkozy, juste derrière, la « meugleuse » Marinne ou plutôt ses partisans. Je vous le dis l’extrême droite avec ou sans barbe, en Français, en allemand ou en arabe c’est la même. Que ce soit sous prétexte que les arabes mangent le pain des français, que ce soit parce que 500 000 juifs sont la cause du malheur allemand ou sous le couvert d’une si belle religion, la pensée reste la même. Alors souvenez-vous de ce que je viens de vous décrire et n’acceptez jamais ni les barbus, ni les SS, ni les frontistes.

Source :opération leakspin