by argulamaton

Communiqué du collectif Anonymous en réaction à la chronique « L’humeur de Christophe Barbier » diffusée ce lundi 23 janvier 2012 sur I-TELE, ainsi qu’à la « Lettre aux Anonymous » publiée le lendemain sur le site Internet de l’Express.

À l’attention de M. Christophe BARBIER.
    Ce lundi 23 Janvier 2012 dans votre chronique « L’humeur de Christophe barbier » sur I-Télé vous nous avez paru, par vos propos, manifester un grand mépris pour notre collectif. Nous réduire à une simple bande de pirates et nous qualifier de « voleurs » comme vous l’avez fait nous a particulièrement affecté. Et votre ultime provocation : « On est blindé, pas de soucis, on les attend ! », n’a rien arrangé !
    En effet, malgré un appel au calme, nous n’avons pas eu les moyens de retenir les ardeurs de certaines personnes isolées qui s’en sont pris bassement au site internet de l’Express, et nous le déplorons. La défense de la liberté d’expression et de la liberté de la presse étant l’un de nos principes, il n’est pas dans notre intérêt de nous attaquer à un média, quel qu’il soit. Mais ceci, vous l’avez bien compris, d’après ce que vous dites dans votre « Lettre aux Anonymous » qui, par ailleurs, manifeste un désir de dialogue plus respectueux envers nous. C’est pourquoi nous sommes prêts à entamer la discussion avec vous.
    Avant de répondre à votre « Lettre aux Anonymous« , nous voudrions aborder quelques points que nous souhaiterions corriger, concernant votre chronique « L’humeur de Christophe Barbier ». Nous vous renvoyons tout d’abord à votre pâle imitation :
    « Attention, la loi, c’est nous ! La règle c’est nous ! Nous, les pirates, qui décidons d’aller sur Internet nous servir, et qui ne voulons payer personne, ne pas rémunérer le travail d’autrui ! »
    Tout d’abord, Anonymous ne saurait être réduit à un simple groupe de pirates, ce que les principaux médias s’obstinent à faire depuis des mois, voire des années. Nous le répétons, nous sommes le peuple, nous sommes parmi vous. Tout le monde peut rejoindre Anonymous : étudiants, journalistes, professionnels ou non de l’informatique, défenseurs des libertés fondamentales, des droits de l’homme, de l’Internet libre, retraités, etc…
    « Anonymes, vous êtes des voleurs ! » 
    De plus en plus d’artistes se font connaître exclusivement en diffusant leurs ½uvres gratuitement via des services tels que Youtube, vivant ainsi de leur passion grâce aux concerts et au mécénat. À l’inverse, des lois anti-partage comme Hadopi contribuent au succès de services comme Megaupload. Nous ne sommes pas des voleurs, nous sommes simplement conscients que la censure n’a jamais bénéficié à l’Art et nous agissons donc en conséquence.
    « En tout cas, un jour il y aura un droit mondial du web : il y aura de la liberté pour tout le monde mais aussi des devoirs, de la rémunération pour ceux qui travaillent, notamment les artistes : ça en sera fini des Anonymes, il faudra qu’ils tombent le masque !« 
    C’est vrai, et ce dessein de liberté ne saurait être que l’½uvre des internautes. Aujourd’hui, ce droit mondial n’existe pas, ou s’il existe, il ne restreint que trop les droits et les libertés des usagers d’Internet et est dicté par la petite oligarchie qui en bénéficie.
    Les lois SOPA, PIPA, le traité ACTA, ainsi que toutes les lois anti-partage déjà en place présentent un danger pour la liberté d’expression sur Internet, c’est pourquoi nous nous battrons jusqu’au bout pour qu’elles ne soient jamais votées ou qu’elles soient abrogées.
    Nous revenons maintenant sur votre vidéo « Lettre aux Anonymous », publiée ce mardi 24 janvier sur le site de l’Express.
    Nous souhaiterions d’abord réagir à votre description de notre collectif : « cette organisation cachée ». Nous sommes, certes, anonymes, mais nous ne sommes pas pour autant invisibles. Cherchez-nous et vous nous trouverez : nous sommes en discussion permanente entre nos membres entre autre sur l’IRC (irc.anonops.li) , où vous pouvez voir les discussions sur les opérations et actions en cours, et y participer. Tout ceci se fait aux yeux de tous et nous n’avons rien à cacher, si ce n’est nos identités.
    Vous avez ensuite posé un certain nombre de questions qui devraient être l’objet d’un débat démocratique. Cependant, Anonymous a des principes assez clairs dans leur ensemble et qui nous amènent donc à répondre à certaines d’entre elles.
    « Qu’est-ce qui est légal ? Qu’est-ce qui ne l’est pas dans notre monde moderne où tout va si vite ?« 
    Nous comprenons que le fait que certains fichiers hébergés par Megaupload soient illégaux puisse susciter l’intérêt de la justice américaine. Mais était-il vraiment utile de priver des millions d’utilisateurs à travers le monde de leurs fichiers personnels et/ou professionnels ? Nous dénonçons fermement la mainmise du FBI sur des fichiers qui n’ont rien d’illégaux, mainmise qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les professionnels qui stockaient leurs fichiers en ligne sur Megaupload.
    Nous émettons également de sérieux doutes sur les raisons, a priori légitimes, qui ont poussé le FBI à se saisir de cette affaire, au moment même où MegaUpload s’apprêtait à lancer son nouveau service MegaBox. En effet, ce service aurait permis aux artistes de mettre leurs ½uvres à disposition du public et de bénéficier de près de 90% des recettes. Il est très clair que cela aurait été bien dérangeant pour les majors…
    Nous nous étonnons de la facilité avec laquelle le FBI a pu organiser son intervention, alors que la nécessité d’obtenir des autorisations, pour intervenir à l’étranger, constitue paradoxalement un handicap majeur dans d’autres domaines, comme par exemple dans la lutte contre la pédophilie et la pédo-pornographie sur Internet. La défense des intérêts privés comme ceux des grandes majors primerait-elle sur la cause des enfants victimes de ce fléau ?
    « Qu’est-ce qui peut être gratuit ? Qu’est-ce qui doit être payé ? Parce que derrière, il y a des gens qui ont travaillé et qui méritent salaire. »
    Anonymous respecte le travail accompli par les artistes. Nous sommes prêts à payer pour obtenir une copie de leurs ½uvres, ce ne serait que juste récompense pour eux. Seulement, le prix actuel des ½uvres artistiques est bien trop élevé en comparaison de ce que les artistes se voient rétribuer, généralement au profit des Majors.
    Si l’on ne peut utiliser gratuitement le service d’un intermédiaire, on peut cependant s’en passer. Les majors sont des intermédiaires, comme Internet est un intermédiaire entre un artiste et son public. Le chiffre d’affaire du téléchargement légal ne cesse d’augmenter, comme le démontre le rapport de la SNEP (1). Les principaux consommateurs sont aussi ceux qui téléchargent illégalement et sont les principaux défenseurs du mécénat (2).
    Il faut également se poser la question du mode de rétribution. Depuis un certain temps maintenant, le chiffre d’affaire des ventes de CD diminue. Mais ce support ne disparaîtra pas, pas plus que le disque vinyle, car il est aussi porteur d’une valeur émotionnelle. Cependant, son déclin entraîne une perte de monopole pour l’industrie du disque, alors même que les supports virtuels (au coût de production nul et non polluants) sont en plein essor.
    « Bref, ce débat-là est là, il est mûr, il est moderne, il sera peut-être, un peu, dans la présidentielle française, il doit être en tout cas dans le débat démocratique. » 
    Comme vous le dites, « ce débat est mûr », et nous le laisserions volontiers entre les mains de nos représentants… Mais pourquoi font-ils si peu ? Alors que, depuis le début de l’Opération MegaUpload, le monde entier est au courant de l’existence et du danger des lois SOPA, PIPA, HADOPI et LOPPSI, pourquoi les députés et sénateurs ne se saisissent-ils pas de ce dossier ? Alors que l’homologue international de ces lois, l’ACTA, est actuellement débattu au sein de la Commission Européenne, qu’attendent nos élus pour réagir ? 
    Nous ne faisons que montrer la voie, et c’est aux représentants maintenant qu’il appartient de la suivre pour dire enfin NON aux lois liberticides qui nous menacent.
    « Et bien j’incite tous les Anonymous de nationalité française à se présenter aux élections législatives. D’autres partis du même genre l’ont fait, par exemple les Pirates, avec des résultats encourageants. Pourquoi n’y aurait-il pas un groupe parlementaire, peut-être un jour une majorité parlementaire en France, issue des Anonymous ? »
    Dans ce cas nous serions des milliers à nous présenter, et un Palais Bourbon ne serait pas assez pour nous contenir. Et quand bien même certains d’entre nous se présenteraient, ils ne pourraient nous représenter légitimement, car nous n’avons pas de dirigeant.
    Anonymous n’est pas un parti politique, mais cela ne nous empêche pas de vouloir contribuer au débat démocratique. Il ne devrait pas être nécessaire de passer à la télévision pour que notre voix soit entendue. Anonymous est avant tout une conscience collective et citoyenne, une composante d’Internet, comme le Parti Pirate. Nos idéologies convergent sur de nombreux points bien que nos méthodes soient différentes, mais nous savons que des membres de ce parti nous comprennent, et sur Internet, aucune frontière n’est hermétique.
    Enfin, l’arrestation de trois Anonymous jeudi 26 janvier nous a démontré que les autorités ne souhaitaient pas voir le nom d’Anonymous clamé trop fort.
    Si nous restons anonymes, c’est donc principalement parce que nous encourons de réels risques de poursuites judiciaires, pour des actions qui ne sont qu’une forme de sitting virtuel, dans la lignée des actions de désobéissance civile initiées par Gandhi et tant d’autres avant lui. Même le milieu journalistique, malgré une relative liberté d’expression, est sujet à des pressions de toutes provenances : politique, économique, voire même religieuse. Nous menons le même combat, excepté qu’en France, nous risquons une peine de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende pour de telles actions. 
    Nous avons d’ailleurs en mémoire les seize membres présumés d’Anonymous, arrêtés l’année dernière par le FBI aux États-Unis, pour avoir joué un rôle dans des cyberattaques pour la défense de WikiLeaks et, par la même, pour la défense du droit à l’information. C’est une pensée émue que nous avons pour ces personnes qui ont eu le courage de défendre nos valeurs et nos principes, ainsi que les droits fondamentaux de chacun d’entre nous. 
    Enfin, nous aimerions vous inviter à en apprendre plus sur notre collectif, afin de vous faire une opinion plus proche de la réalité. Pour cela nous vous recommandons de visiter les sites suivants dédiés à notre cause :
        – Site web d’AnonOps Communications : http://anonops.blogspot.com/ (EN)
        – Site web des communiqués Anonymous : http://anonnews.org (EN)
        – Site web de WhyWeProtest : https://whyweprotest.net/ (EN)
        – Site web d’AnonOps France : http://anonopsfr.blogspot.com/ (FR)
    Nous vous indiquons également le site de l’IRC AnonOps pour pouvoir dialoguer directement avec nos membres : http://webchat.anonops.com/
    Bien cordialement,
    We are Anonymous.
    We are Legion.
    We do not forgive.
    We do not forget.
    Expect us !
Source Operation leakspin